Fabien Roussel : « Reconnaître l’État de Palestine maintenant, un devoir politique et moral pour la France »
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, Charlotte Blandiot-Faride, présidente de l’Association pour le Jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) et Philippe Rio, président de la Coopérative des élus communistes, ont cosigné une tribune (parue dans « Marianne, ndlr). Ils y appellent la France à agir en reconnaissant l’État de Palestine, afin de ne plus rester spectateur des horreurs commises par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Et ainsi démanteler les colonies, détruire le mur de la honte et mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza.
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Le Proche-Orient s’enfonce dans la guerre. Les chiffres sont sidérants à Gaza : plus de 50 000 morts sont désormais comptabilisés, plus de 95 000 blessés, 89 % de la population gazaouie déplacée sous ordre d’évacuation, le spectre de la famine et des épidémies touchant l’ensemble de population civile, 70 % des infrastructures détruites selon l’ONU. La Cisjordanie subit des incursions permanentes des camps de réfugiés et les violences sans précédent de colons qui sévissent en territoire occupé.
Le peuple palestinien est face à l’une des plus grandes catastrophes de son histoire, confronté à un risque de génocide selon la Cour pénale internationale (CPI) et à une intention délibérée de l’État d’Israël de tuer la population civile sans distinction. Le Liban, à son tour, est bombardé, après des attaques dont le modus operandi rappelle les pratiques des pires organisations terroristes.
Honte
Le gouvernement ultranationaliste de Benyamin Netanyahou, dans sa volonté de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, constitue un danger mortel pour le peuple palestinien, pour le peuple libanais et pour le peuple israélien. Ni les massacres terroristes inqualifiables du Hamas le 7 octobre, ni les attaques du Hezbollah ne peuvent justifier les crimes de Tsahal, la dévastation de Gaza, le pilonnage des villes libanaises ou les actions visant à répandre la terreur parmi les populations civiles.
Depuis un an, nous, citoyens français, avons honte. Honte de voir notre pays rester spectateur alors qu’un massacre a lieu à 200 kilomètres des frontières de l’Union européenne.
Honte de voir notre pays renoncer au rôle qui le voyait hier porter devant la communauté internationale les exigences de paix et de justice pour la région. Honte de laisser des binationaux franco-israéliens commettre des crimes en toute impunité dans les territoires occupés. Honte de voir cette Union européenne maintenir ses accords commerciaux avec le gouvernement israélien. Honte de voir notre pays s’aligner sur l’inaction coupable de l’UE et s’effacer devant le soutien militaire et diplomatique des États-Unis.
La France doit agir
Depuis trente ans, nous avons vu l’espoir suscité par les accords d’Oslo être piétinés par les gouvernements israéliens successifs et par la passivité des gouvernements occidentaux. Nous avons entendu ce que nous ont dit les Israéliens du camp de la paix qui manifestent sans relâche pour un cessez-le-feu et la libération des otages ; ce que nous ont dit les Palestiniens des camps de réfugiés, les prisonniers libérés, l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), l’Autorité palestinienne.
Nous avons entendu les familles des victimes du Hamas et des victimes de Tsahal. Nous avons été les premiers responsables politiques français à nous être rendus en délégation en Israël, en Cisjordanie occupée et dans les camps de réfugiés au mois de mars dernier. Nous écoutons les grandes voix pour la paix que sont Elie Barnavi ou Elias Sanbar. Tous appellent la France à sortir des postures, des discours impuissants, de l’hypocrisie et à agir concrètement.
La France doit reconnaître immédiatement l’État de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, aux côtés de l’État d’Israël. Emmanuel Macron a dit dans son discours à la tribune de l’ONU s’engager à « bâtir des reconnaissances mutuelles ».
Franchement, qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que les 147 États qui ont à ce jour reconnu l’État de Palestine, parmi lesquels figurent l’Espagne, l’Irlande et l’Arménie, ont attendu de « bâtir des reconnaissances mutuelles » ? Est-ce que la France elle-même, quand elle a voté le 18 avril dernier, au conseil de sécurité de l’ONU pour l’adhésion et entière de la Palestine à l’ONU, a attendu de « bâtir des reconnaissances mutuelles » ?
La reconnaissance de l’État de Palestine ne peut pas être la fin sans cesse reportée d’un processus. Elle en est au contraire le début, la clef pour mettre en œuvre concrètement la seule solution de paix juste et durable possible : deux États pour deux peuples vivant sur une même terre et la reconnaissance du droit au retour des réfugiés. C’est la première étape pour démanteler les colonies, détruire le mur de la honte et mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza.
Un message fort
La reconnaissance de l’État de Palestine redonnerait à la France un rôle et un crédit dans l’action concrète pour une paix juste. Elle serait un message fort envoyé au gouvernement israélien coupable d’actes de terreur, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ; un gouvernement qui a sur les mains le sang du peuple palestinien, du peuple libanais et du peuple israélien, dont la place est devant la justice internationale, comme l’est celle des dirigeants du Hamas.
La reconnaissance de l’État de Palestine serait un message fort envoyé aux peuples qui veulent simplement vivre en paix, en sécurité et en démocratie. Il est temps que la France mette ses actes en cohérence avec ses discours. Il est temps que la France soit à la hauteur de ce que les peuples attendent d’elle.