Pauvre école publique.. la voici avec un quatrième ministre depuis 2022.
Conditions d’apprentissage très dégradées, crise du recrutement, le service public de l’éducation va mal, très mal. Parmi les remèdes avancés par le gouvernement, le port de l’uniforme pour les élèves, renommé plus positivement « tenue unique » puis « tenue commune ».
Mais qui peut croire qu’une telle mesure ait un effet quelconque pour améliorer les conditions d’enseignement, et favoriser la réussite des élèves ?
On entend tout et n’importe quoi sur le « retour » de l’uniforme, qui va de pair avec un discours sur l’école d’autrefois, très idéalisée.
L’uniforme, rappelons-le, n’a jamais eu cours en France, sauf dans les lycées napoléoniens. Si les élèves des écoles portaient des « blouses », elles étaient toutes différentes et avaient pour but de protéger les vêtements contre les taches d’encre, fréquentes à l’époque où les écoliers utilisaient les plumes « sergent major » et les encriers insérés dans leurs pupitres… C’est donc une version mythique de l’école d’autrefois qu’on essaye là de nous vendre.
La droite et l’extrême-droite ont souvent prôné le port de l’uniforme à l’école. « L’uniforme a depuis toujours été utilisé pour symboliser un lien d’appartenance. Il n’est pas une panacée mais un outil permettant de gommer symboliquement les différences sociales, religieuses et ethniques», selon la proposition de loi déposée en 2013 par les sénateurs UMP…
Un uniforme unique pour toutes les écoles ou des différences selon les établissements ? Car il y a là contradiction. Si ce qui est visé, c’est « l’appartenance à notre communauté nationale et à la République française », on ne peut proposer que chaque établissement ait son propre uniforme : on tombe alors dans un « communautarisme » d’établissement.
L’uniforme à l’école serait censé rétablir l’autorité, résoudre les problèmes de discipline, limiter les atteintes à la laïcité et le harcèlement, voire même réduire les inégalités sociales. Les études scientifiques sur le sujet sont pourtant loin de lui attribuer de telles vertus. Les études existantes relèvent plutôt l’absence d’effets bénéfiques. Même Gabriel Attal ne semble pas trop y croire, lui qui déclare : « Je ne suis pas sûr que ce soit une solution miracle qui permette de régler tous les problèmes, mais elle mérite d’être testée. » Quant à l’actuelle ministre de l’Éducation, elle se déclarait opposée à l’uniforme… avant d’être nommée..
On sait que là où il y a uniforme obligatoire, beaucoup se distinguent par d’autres moyens matériels et y parviennent facilement.
Après l’annonce de l’expérimentation début décembre 2023 par Gabriel Attal, qui était alors ministre de l’Éducation nationale, une centaine environ d’établissements scolaires se sont portés volontaires dans toute la France. C’est déjà très peu. Mais alors que la clôture des candidatures était prévue le 15 février, elle vient d’être repoussée en juin. Une quinzaine de communes auraient déjà fait marche arrière, tant la mesure est loin de faire l’unanimité. Élèves, parents, enseignants ne sont pas tous emballés.
Le coût de la généralisation de l’uniforme cette mesure se chiffrerait en milliards d’euros : 12 millions d’élèves, avec un coût estimé à 200 euros par élève partagé entre État et collectivités.
De l’argent gaspillé pour des effets d’annonce et de communication ?
Sans compter toutes les contraintes pratiques : combien d’uniformes par enfant, quand on sait que les écoliers du primaire par exemple ne reviennent pas toujours de récréation avec des vêtements indemnes ? Que fera-t-on d’un élève qui arrive sans uniforme ? Que sera-t-il prévu pour les enfants qui grandissent beaucoup, ce qui est quand même le principe même de l’enfant ?
Franceinfo rapporte ainsi les propos de parents d’élèves d’une école du nord : « Si la mairie a de l’argent à dépenser, qu’elle finance des cartables, des trousses et des fournitures scolaires, ce serait de la vraie égalité sociale. Nous opposons à cette opération les véritables moyens dont nous avons besoin pour défendre le service public d’éducation : l’augmentation de l’enveloppe pour les sorties, pour la découverte de musées ou de sites historiques, pour des livres, pour des enseignants supplémentaires et des remplaçants, pour une cantine gratuite pour tous les enfants. Il y a tant à faire pour nos enfants.«
Et oui, il y a tant à faire ! Et si au lieu de chercher à « invisibiliser » les inégalités, à « gommer symboliquement les différences », on cherchait plutôt à donner à l’école publique les moyens de les combattre pour de bon ? L’école française, on le sait, non seulement ne réduit pas les inégalités sociales, mais les conforte. Le fait qu’il y ait de moins en moins d’adultes dans les écoles, infirmières, surveillants, personnel de service, médecins scolaires, psychologues, AESH, enseignants spécialisés, Rased.. et que les effectifs des classes soient parmi les plus lourds d’Europe, pèse très négativement sur le « climat scolaire », la violence et le harcèlement. C’est sur
cela qu’il faut agir.
Si fondamentalement l’uniforme ne changera rien au problème, on sait par contre que le recrutement d’enseignants pour moins d’élèves par classe, ou l’annulation des 650 fermetures de postes prévues pour la rentrée 2024 dans le 1er degré coûterait bien moins cher et aurait un impact avéré sur la réussite des élèves. 
Parler de l’uniforme, c’est occulter tout le reste. Une proposition anecdotique, inefficace, mais qui plaît à la droite et son extrême. Béziers ne s’est-elle pas précipitée pour faire enfiler l’uniforme à ses élèves ? Les essayages y sont déjà en cours…
https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-grand-temoin/l-uniforme-a-l-ecole-ne-rencontre-pas-de-succes-parce-que-ca-ne-repond-a-aucun-besoin-particulier-affirme-la-fcpe_6345262.html
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