Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?
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Depuis l’enterrement du plan Borloo en 2018, l’action d’Emmanuel Macron en direction des quartiers populaires est souvent considérée comme un angle mort de sa politique.
« Le quinquennat précédent a été celui du ‘stop-and-go’ entre les quartiers et le gouvernement », avait estimé un rapport d’information sénatorial en juillet 2022. Selon ses autrices, « les coups de frein et d’accélérateur se sont succédé sans constance et sans boussole ».
La présidence d’Emmanuel Macron s’était ainsi ouverte par des coupes dans le budget de la politique de la ville, suscitant l’ « appel de Grigny » lancé en octobre 2017 par une centaine de maires. Après cette mobilisation, le chef de l’État avait confié à Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville, l’élaboration d’un plan de mobilisation nationale en faveur des quartiers. Avant d’enterrer aussitôt son rapport en mai 2018.
Emmanuel Macron « a relancé l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui faisait du surplace », souligne Hakim El Karoui, chercheur associé à l’Institut Montaigne et auteur de deux rapports sur les quartiers populaires en 2020 (avec Olivier Klein) et 2022, dont le budget a été porté « de 5 à 12 milliards d’euros par rapport à 2017 ».
Dans le budget 2023, les crédits spécifiques à destination des 1.514 quartiers prioritaires (quartiers politique de la ville, QPV) ont, eux, progressé de 5,3 % par rapport à ceux ouverts en 2022 dans les lois de finances initiale et rectificative, à près de 600 millions d’euros.

Mais, d’après lui, « l’État a mis trop d’énergie dans la rénovation des bâtiments et pas assez dans l’accompagnement des habitants ».
Dans les rangs des élus locaux, on salue des avancées. « Pour l’ANRU, la machine s’est débloquée. Les équipements sportifs sortent et c’est très bien. Les cités éducatives [une mesure préconisée par le rapport Borloo, NDLR] sont utiles », souligne Philippe Rio, le maire communiste de Grigny (Essonne). Mais, affirme-t-il, « il n’y a plus rien depuis le CIV (comité interministériel des villes) de janvier 2021 ».
« Il n’y a pas une véritable stratégie », abonde Gilles Leproust, président de l’association des maires « Ville & Banlieue » et maire (PCF) d’Allonnes, près du Mans, qui parle d’un « rendez-vous manqué du président de la République avec les élus et les habitants des QPV ».
Les élus locaux disent aussi rester dans le flou sur le plan « Quartiers 2030 » promis par Emmanuel Macron, même si celui-ci a évoqué plusieurs perspectives lors de son récent déplacement à Marseille, comme l’accueil de tous les collégiens de 8 heures à 18 heures dans les QPV d’ici à 2027 ou l’objectif de 100.000 nouveaux entrepreneurs accompagnés dans les quartiers à ce même horizon.
Laurent Thévenin, Les Échos, 2 juil. 2023
Stéphane Bauer
Illustrations : les Raguenets, photos du blog
À suivre…