Contre le terrorisme : l’éducation, la culture, la fraternité

Le meurtre atroce de Samuel Paty, professeur assassiné pour avoir enseigné la liberté de conscience, nous ébranle profondément.

« Samuel Paty, en tant que professeur, défendait deux valeurs : l’éducation et la laïcité. C’est au nom de ces deux causes qu’un assassin lui a retiré la vie. C’est l’ignorance qui a tué. » (Christophe Doré, Maire de Bolbec, dans le cadre des hommages prononcés la semaine du 19/10 dans le pays de Caux)

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. » ( Averroès (1126 -1198), philosophe, théologien, juriste et médecin musulman andalou)

« La meilleure façon de redonner une identité à un pays en perdition, c’est la culture.» (Albert Dupontel, dans le cadre de la sortie du film « Adieu les cons !»)

Après l’effroi, la colère, l’émotion, les indispensables moments d’hommage et de recueillement, le temps est venu d’analyser pour la surmonter cette terrible épreuve que traverse notre société. La raison doit l’emporter sur l’épouvante. Comment lutter contre l’obscurantisme, la haine, le fanatisme, l’ignorance ? Car ce sont bien tous ces maux qui sont les germes du terrorisme que nous subissons aujourd’hui.

Ce n’est ni dans la violence, ni par la restriction de nos libertés, ni par la division, la stigmatisation, les anathèmes, si vite prônés par certain.es à des fins électoralistes, que nous trouverons la solution. Encore moins dans la guerre, qui sème le chaos dans le monde et nourrit le terrorisme.

Il importe bien sûr de renforcer nos moyens de renseignement, de protéger les cibles potentielles par des forces de police suffisantes, de surveiller et d’éradiquer les messages de haine propagés par les réseaux sociaux, de donner davantage de moyens à la justice, sans jamais s’affranchir de l’État de droit.

Mais rien de tout cela ne suffira.

Il faut assécher le terreau qui nourrit l’intégrisme et le terrorisme.

Les terroristes cherchent à abattre notre modèle social, à répandre la terreur, en nous opposant, en suscitant des réactions racistes et identitaires, des amalgames contre l’ensemble des musulmans, contre les immigrés. Le terrorisme islamiste s’attaque à nos valeurs fondamentales : la laïcité, qui garantit la liberté de conscience ; la liberté, d’expression, de création, de critique ; l’égalité entre les citoyen.nes ; la fraternité, qui assure une société soudée. C’est en renforçant ces valeurs que nous ferons face, en les érigeant comme un bouclier.

Face à la barbarie, à une idéologie liberticide et obscurantiste, notre réponse : la culture, l’éducation, la connaissance. C’est en reconstruisant une République sociale et démocratique plus juste et plus forte que nous nous défendrons.

À ceux qui bombent le torse, en nous promettant des mesures davantage sévères, qui disent une fois encore que nous aurons de nouvelles caméras de surveillance, ou quelques policiers supplémentaires…, nous posons la question suivante : sur le terrain de la bataille pour l’éducation et de la lutte contre l’ignorance, tout a t-il été tenté ? Avez-vous tout tenté, avons-nous tout tenté ?

Agissons à notre niveau, car l’échelon municipal est l’endroit où on peut agir en faveur du bien commun, sans rien gommer de la diversité de nos habitant.es.

Donnons à l’école les moyens nécessaires pour former des citoyen.nes éclairé.es : des moyens humains, matériels, des enseignant.es formé.es, reconnu.es et respecté.es, avec l’ambition d’une culture de haut niveau donnant à tou.tes les moyens d’assurer leur avenir.

Plus de 100 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Si on veut réduire ou supprimer le terreau de recrutement des forces obscurantistes terroristes, il faut s’attaquer à cela aussi.

Nous citons ci-dessous quatre exemples locaux qui montrent que notre ville pourrait agir pour contribuer davantage à la réussite scolaire des enfants gratiennois et à l’intégration dans la République d’enfants, de parents, grands parents, jeunes adultes… par le canal de l’école.

Luttons contre les ghettos urbains propices au repli communautaire et contre les discriminations. Rendons réel le beau principe du « vivre ensemble ».

Les crises, qu’elles soient sociales, écologiques ou démocratiques, ne peuvent être résolues que collectivement. Appuyons-nous sur l’intelligence collective, informons, concertons. Vivons ensemble, et non seulement à côté les un.es des autres, apprenons les un.es des autres sans rien renier de nos libertés.

Ne prospérons pas sur les peurs et les haines. Ce sont les mots des terroristes, pas les nôtres.

À Saint Gratien…

-Mi 2013, l’Inspection de notre secteur propose de scolariser dans une école de notre ville des enfants de moins de 3 ans. L’objectif est d’intégrer et de socialiser tôt des enfants dans le système scolaire. Sur la base d’expériences passées, notamment à l’étranger, la mesure a démontré des résultats. L’Éducation Nationale dispose à ce moment de personnel formé. Une salle de classe est disponible. Madame Eustache-Brinio a refusé que cette expérimentation soit mise en œuvre. Pourquoi ?

– En 2014, a lieu une levée de bouclier de la part de parents d’élèves contre les A, B, C, D de l’égalité, dont l’objectif était de lutter contre le sexisme et les stéréotypes de genre. Alors que la ministre est désappointée face à cette fronde qui regroupe un spectre hétéroclite de parents d’élèves et d’organisations, également dans notre ville, nous n’avons pas le souvenir d’avoir entendu Madame Eustache, ni ses adjoints, défendre l’école de la République.

– En 2015, le film Tomboy est programmé dans des écoles de St-Gratien le cadre du programme « école et cinéma ». Les enseignantes souhaitaient utiliser ce support cinématographique dans le cadre d’un enseignement de l’égalité filles-garçons auprès d’élèves de CM1-CM2. Au motif que le film a eu le prix récompensant les films traitant de sujets LGBT à la Berlinale 2011, s’est développée une fronde regroupant là aussi un spectre hétéroclite de parents d’élèves – de diverses obédiences religieuses -contre la sortie des élèves prévue au cinéma Les Toiles. Pour motiver leur opposition à cette sortie scolaire, le film fut qualifié de « pornographique» (sic). Les parents d’élèves leader de la fronde, qui n’avaient pas, plus que les autres, vu le film, s’en excusèrent au conseil d’école suivant. Le mal était fait : près de la moitié d’une classe fut exemptée de sortie. Le travail de l’enseignante fut rendu plus difficile au regard d’un support uniquement vu par une partie de ses élèves. Comme support pédagogique, le film, dans cette école-ci, fut abandonné par la suite. Alors qu’il aurait été opportun que l’adjoint aux affaires scolaires s’exprime sur le fond de cette affaire au conseil d’école suivant, il n’en fut rien. « L’ « affaire » regardait l’Éducation nationale ». Et cela n’a aucunement empêché l’association de parents d’élèves parmi les initiateurs de la fronde de percevoir à nouveau une subvention municipale par la suite, nonobstant la demande de signature d’une charte municipale de la Laïcité.

– Certaines villes se sont saisis des TAP, pour toucher les familles éloignées de l’école, qui aimeraient s’impliquer davantage dans la scolarité de leurs enfants, mais qui ont peur car ne comprenant pas les codes de l’école. Il a été proposé à des parents et des grands-parents, accompagnés par l’enseignant ou par un animateur de la ville, de venir parler aux élèves de leur pays d’origine, des traits de leurs coutumes, dans le cadre de partages sur le temps des TAP sur les « cultures du monde ». La ville de St-Gratien a fait un autre choix. Le choix de TAP « low-cost ». Lesquels, sur la base d’un sondage qu’elle a réalisé auprès des parents d’élèves ont au final été rejetés à 90 %. Et fin a été mis à l’expérience.

-De même, un certain nombre des élu-e-s de la majorité municipale participent au conseil d’administration des deux collèges de la ville et du lycée d’Enghien. Nous ne les avons pas entendus contre la baisse des moyens, des budgets, ni des dotations horaires. Ce qui complexifie l’organisation des enseignements, a fortiori lorsqu’en même temps les programmes s’alourdissent. Les heures d’histoire géographie sont, par exemple, passées en 20 ans de 3h30 à 3h alors qu’a été ajouté à l’histoire-géo l’enseignement moral & civique (EMC). Le département du Val d’Oise et la région Île-de-France, gérés par la majorité à laquelle appartient notre maire et notre sénatrice, ont réduit à la portion congrue les budgets dédiés aux « cordées de la réussite ».

Présentation des Cordées de la réussite : Un dispositif partenarial à destination d’élèves de milieux sociaux modestes, éloignés de l’enseignement supérieur pour des raisons sociologiques et/ou géographiques.

Initiées en 2008, les « Cordées de la réussite » s’inscrivent dans une dynamique d’intensification des liens entre l’enseignement scolaire (général, technologique et professionnel), l’enseignement supérieur et le monde professionnel. Reposant sur un réseau de solidarité, ce dispositif s’adresse à des élèves de milieux sociaux modestes, éloignés de l’enseignement supérieur pour des raisons sociologiques et/ou géographiques. Il vise à lever les obstacles psychologiques, sociaux, géographiques et/ou culturels qui peuvent freiner l’accès de ces jeunes aux formations de l’enseignement supérieur et notamment aux filières d’excellence. Il contribue à les aider à construire progressivement un parcours choisi et ambitieux.

Les Parcours d’excellence mis en place en 2016 constituent une déclinaison de ce dispositif dans les collèges en éducation prioritaire.

Stéphane Bauer, Isabelle Volat, élu.es de Saint Gratien

6 réflexions sur “Contre le terrorisme : l’éducation, la culture, la fraternité

  1. Pape François

    Chers freres et soeurs,

    Pour le pape François, « mettre fin à la guerre est un devoir urgent de tous les responsables politiques devant Dieu ».

    « Ceux qui prennent l’épée, peut-être en croyant résoudre rapidement des situations difficiles, expérimentent sur eux-mêmes, sur leurs proches, sur leurs pays, la mort qui vient de l’épée », a poursuivi le pape François.

    Lorsque, avant la Passion, les disciples montrent à Jésus deux épées celui-ci leur dit « Cela suffit ! » (Lc 22, 38), a-t-il expliqué.

    « “Ça suffit !” : c’est une réponse sans équivoque contre toute violence. »

    « Ce “ça suffit !” de Jésus dépasse les siècles et parvient avec force jusqu’à nous aujourd’hui : ça suffit avec les épées, les armes, la violence, la guerre ! », a souligné le pape François.

    « Nous sommes ensemble ce soir comme des personnes de différentes traditions religieuses, pour communiquer un message de paix », a-t-il enfin déclaré.

    « Cela manifeste clairement que les religions ne veulent pas la guerre, que bien au contraire elles démentent ceux qui sacralisent la violence. »

    « Chers frères et sœurs », par le Pape François apres l’assassinat du professeur de Conflans, repris par le journal La Croix.

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    1. « Ces jeunes qui partent en vrille, il faut les remettre dans le droit chemin, avec une approche globale. Pas simplement avec la sécurité et l’ordre, parce que ça ne résout pas le mal en profondeur. Il faut commencer par l’école, donner le cadre, avec le trinôme parent/professeur/enfant.

      Ensuite, la sécurité : restaurer l’ordre pour que les gens qui habitent dans ces territoires puissent vivre en paix. Enfin, remettre de l’emploi, de l’économie, rénover les logements… Le plan Borloo suite aux émeutes de 2005, c’était une excellente direction ! »

      « Il y a une forme de retour au politique dans la crise »

      Pierre de Villiers

      ancien chef d’Etat-Major des armées

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